Il y’a des familles qui vous accueillent comme si vous étiez un membre à part entière, un enfant parmi les enfants, une aînée bien aimée. Les discours y sont superflus tant l’affection reçue semble un gage d’éternité. On hérite ainsi de sœurs, de frères, de mère et de père dont on est fier, un lien de sang non inscrit à l’état civil mais dont la parenté est attestée par l’affection ressentie. De ce point de vue, Bousso Kasse est ma sœur et Mamy Astou feue ma mère. Comme Bousso dit si joliment: Jackie Fatima, tu es ma sœur d’une autre mère.

Cette famille des dignes enfants du Professeur Mamadou Moustapha Kassé qui vient de nous quitter, est un refuge de pudeur et d’affection, de foi en Allah et de partage. Tout à Fann Résidence respire la bonne éducation et l’estime des autres. Moi je m’installais pieds nus dans la chambre des parents de Mamadou et Bousso, avec le sentiment d’un havre de paix enfin atteint, d’une enfant arrivée à bon port. Avec Mamy Astou, on parlait des heures et ses conseils s’égrenaient sagement dans la tendresse des lieux. « Jacquie ma fille, il faut savoir oublier, pardonner et toujours te rapprocher d’Allah, le meilleur des confidents ». Une femme pieuse, une épouse aimante, une mère protectrice.

Et père Moustapha nous laissait papoter à notre guise.

Dans son bureau établi à domicile, il recevait avec l’exquise délicatesse des gens du savoir, qui n’ont rien à prouver, à faire éprouver ou à faire approuver. Intellectuel accompli, économiste renommé, universitaire reconnu, il était fier de sa plus belle décoration épinglée par la famille: celle d’un père aimé et respecté. Bousso était si fiere de lui et en parlait tout le temps. Elle avait, avec ses tantes, oncles, son époux Papis et son adorable grand frère Mamadou, organisé de main de maître la dernière dédicace de l’ouvrage de son père à l’Harmattan pour laquelle j’avais coordonné l’animation. Bousso a tout pris de lui: son engagement pour les grandes causes, son sens inaltérable de l’amitié, son besoin irrépressible de justice sociale.

J’avais un douloureux jour de 6 mai, rendu un dernier hommage écrit à notre mère disparue. J’avais continué à rendre visite à Mamadou dans ses bureaux, à rendre visite à Bousso, à l’appeler, à dîner avec elle pour évoquer encore et encore le souvenir si fort et comprimant de Mamy Astou.

Aujourd’hui je réitère l’exercice de devoir de mémoire pour un homme immense, précieux formateur des élites africaines, que l’Afrique pleurera longtemps. Puissent tous ceux et celles qui ont connu et aimé le Professeur Mamadou Moustapha kassé soient dignes dépositaires d’un si parfait héritage de connaissances acquises et de qualités transmises.

Massa Bousso Kassé Fall, petite sœur d’une…même mère et d’un extraordinaire père.

Jacqueline Fatima Bocoum